Chapitre 4
Orion

Au matin, lorsqu’elle ouvrit les yeux dans sa nouvelle chambre à coucher, Alexanne mit quelques minutes à s’orienter. Elle contempla les murs mauve et lilas, les rideaux vaporeux qui couvraient à peine la grande fenêtre à sa gauche, et le couvre-pieds en dentelle de son lit. La commode en chêne pâle devait être très ancienne à en juger par ses petites poignées métalliques usées. Au-dessus de celle-ci, se trouvait un beau miroir antique.

Sa valise était ouverte sur le plancher, devant les tiroirs vides. Elle demeura un moment à fixer le meuble, puis se décida à y ranger ses vêtements. Lorsqu’elle eut terminé, Alexanne s’habilla et quitta sa chambre. Elle jeta un coup d’œil dans celle de sa tante, mais elle n’y était pas. Elle descendit donc l’escalier et explora le rez-de-chaussée. La porte sous l’escalier la mena tout droit à la grande cuisine, inondée de soleil. Sur le comptoir se trouvait un verre de jus d’orange frais. Alexanne comprit qu’il était pour elle et le but en s’approchant des grandes fenêtres. Dans le jardin, sa tante grattait les oreilles d’un gros chien gris.

— Chouette ! s’exclama-t-elle. J’ai toujours voulu avoir un chien !

Elle poussa la porte, mais son geste fit fuir l’animal. Tatiana souleva la corbeille de fleurs fraîches à ses pieds et marcha vers la maison.

— Bonjour, Alexanne, la salua-t-elle en grimpant les trois marches qui menaient à la cuisine. Je vois que tu as trouvé le jus d’orange.

Elle déposa le panier sur la table et se tourna vers sa nièce, amusée de lire encore de la méfiance sur son joli visage.

— Que manges-tu habituellement au déjeuner ?

— Je n’aime pas vraiment manger le matin.

— Il est bon pour la santé de prendre au moins un fruit au lever. Il y en a toujours sur la table. Personnellement, j’aime commencer ma journée avec des céréales naturelles et du miel.

— Comme mon père…

— C’est une habitude que nous a transmise notre mère. Il faudra que tu me fasses connaître tes goûts.

— Je ne suis pas difficile, mais je n’aime pas déjeuner.

Tatiana versa de l’eau dans un beau vase et commença à y placer les fleurs. Alexanne l’observa en silence, étonnée par l’amour qu’elle mettait dans tous ses gestes.

— C’est votre chien que j’ai vu dehors ?

— Orion ? Oh, non… C’est un loup, et ces animaux n’appartiennent à personne.

— Un loup ? s’alarma l’adolescente. Vous caressiez un loup ?

— Ils ont besoin d’affection, eux aussi. Est-ce que tu aimes les animaux ?

— Oui, mais les animaux domestiques. Nous vivions dans un logement à Montréal où il était défendu d’avoir des chats ou des chiens. Nous n’aurions pas eu le temps de nous en occuper de toute façon. Il y a une différence entre un chat, un chien et un loup, tout de même.

— Tu as tout à fait raison. On ne peut pas domestiquer les bêtes sauvages. Elles ont besoin de liberté pour s’épanouir. On peut toutefois les aimer d’une autre façon. Orion me rend visite quand il en a envie.

— Est-ce qu’il fait partie d’une meute ?

Tatiana termina son arrangement floral et le contempla avec satisfaction.

— Ce n’est pas vraiment une meute, mais une famille. Il a une compagne et certains de ses enfants sont encore avec lui.

— Ça fait longtemps que vous le connaissez ?

— Je l’ai soigné, il y a environ cinq ans, quand il a été blessé par des chasseurs, et il est toujours revenu chez moi par la suite.

— Y a-t-il beaucoup d’animaux sauvages par ici ?

— Il y en a de toutes sortes. C’est un véritable paradis terrestre.

— Est-il dangereux d’aller se promener aux alentours ?

— Pas durant le jour, et s’il t’arrive de rencontrer un animal, ne l’effraie pas et il t’ignorera.

— Même les ours ?

— Ils ne s’approchent pas de la maison.

Tatiana huma une dernière fois le parfum de ses fleurs.

— Des loups, des ours, c’est tout ?

— Il y a aussi des licornes, des griffons et des dragons, mais ils sont plutôt timides.

Un sourire moqueur sur le visage, Tatiana quitta la cuisine sous le regard déconcerté de sa nièce.

— Des dragons ? répéta Alexanne.

Elle s’élança à la poursuite de sa tante et s’arrêta dans le vestibule où celle-ci avait disparu. De quel côté était-elle allée ? Elle explora tout le rez-de-chaussée sans la trouver et crut qu’elle était montée à l’étage. Alexanne se rendit donc à la chambre de Tatiana, mais elle n’y était pas non plus. Sur le point de mener ses recherches à l’extérieur, elle aperçut un appareil étrange sur la table de chevet. Intriguée, l’adolescente s’en approcha.

— Cette vieille chose, c’est son téléphone ?

Elle s’assit sur le bord du lit et examina le long tube vertical muni de deux cornets et d’un cadran à trous. Prudemment, elle décrocha le curieux récepteur rattaché à un fil qui pendait sur le côté du tube et le porta à son oreille.

— Ce bout-là, c’est sûrement pour écouter.

Elle étudia ensuite le deuxième cornet, qui ne voulait pas se détacher du tube vertical, et le cadran rond.

— Il y a assez de chiffres là-dessus pour composer un numéro…

Elle signala celui de Marlène et porta le cône mobile à son oreille, surprise et enchantée de constater qu’elle entendait une sonnerie.

— Oui, allô, fit la voix enjouée de sa meilleure amie.

— Marlène, c’est moi.

— Alexanne ! Tu as le téléphone !

— Si on veut, soupira-t-elle en jetant un coup d’œil découragé à l’objet préhistorique qu’elle tenait dans les mains.

— Comment est ta tante ?

— Pas si mal, en fait. Elle possède une maison de millionnaire, mais au beau milieu de nulle part !

— Comment est-elle avec toi ?

— Elle est bizarre, mais je ne pense pas qu’elle soit méchante. Il y a plein de cristaux et d’anges dans sa maison. Tu devrais voir la salle de bain ! Hier soir, j’ai trempé dans la mousse pendant des heures, à la lumière de chandelles parfumées.

— Beaucoup de gens décorent leur maison avec des anges sans que ça les rende bizarres.

— Je l’ai aussi vue caresser un loup ce matin !

— Bon, je l’avoue, c’est moins courant. Commence à accumuler des incidents qui inciteront les services sociaux à te ramener à Montréal, comme de la cruauté mentale ou physique, par exemple.

Alexanne lui avoua que ce ne serait pas facile, puisque sa tante semblait vraiment être une bonne personne, mais qu’elle ferait un effort pour trouver quelque chose. Afin de la motiver, Marlène lui rappela que Louis-Daniel attendait de ses nouvelles. Elle voulut connaître le numéro de téléphone de Tatiana, mais Alexanne n’en découvrit aucun sur l’appareil.

— Je te rappellerai pour te le donner, promit-elle.

Alexanne raccrocha et écouta les bruits de la maison. Rien. Elle remit l’appareil sur la table de chevet et quitta la pièce, à la recherche de sa tante.

 

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